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Émotion et recueillement en mémoire de Baptiste Chirié et Audrey Michelon, un an après

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Il faisait froid en ce samedi 11 janvier 2020 pour l’inauguration de la stèle commémorative en mémoire du commandant Baptiste Chirié et de la capitaine Audrey Michelon, pilote et navigatrice décédés le 9 janvier 2019 dans le crash de leur Mirage 2000D à Mignovillard.

Les Mignovillageois ont répondu présents en nombre pour ce moment de recueillement, en présence du colonel Spet, commandant de la base aérienne 116 de Luxeuil-les-Bains et des autorisés civiles et militaires.

Florent Serrette, maire de Mignovillard, est revenu sur cette journée tragique, sur la personnalité des deux militaires et a évoqué le volonté de la commune de perpétuer leur mémoire à travers cette stèle. Le colonel Spet en a expliqué la symbolique et a remercié la population pour la compassion exprimée.

Après la lecture d’un poème de Victor Hugo, « L’aube est moins claire », par un jeune Mignovillageois, une gerbe de fleurs a été déposée et une minute de silence observée.

Discours de Florent Serrette, maire de Mignovillard

Mon colonel,
Monsieur le Chef de la brigade de gendarmerie de Nozeroy,
Monsieur le Chef du centre d’incendie et de secours du Plateau de Nozeroy,
Messieurs les anciens combattants,
Mesdames, Messieurs,

Ils s’appelaient Baptiste et Audrey. Ce matin-là, sur la base aérienne 133 de Nancy-Ochey, ils partent pour une mission d’entraînement exigeante à très basse altitude à bord de leur Mirage 2000-D.

Ce matin-là, les premiers flocons de l’année 2019 commencent à tomber sur le massif des Vosges et, bien vite, sur tout le massif du Jura, qu’ils doivent survoler. Les conditions climatiques se dégradent, le plafond nuageux est bas. Mais les militaires doivent vaincre l’adversité, surmonter ces conditions d’entraînement difficiles comme ils doivent affronter l’ennemi dans les opérations extérieures, d’où ils reviennent.

Ce mercredi 9 janvier 2019, l’avion vole bas, décroche une première fois, est remis à la bonne altitude puis décroche une seconde fois. Le contact est perdu avec l’aéronef militaire à 10h30 au-dessus de Mignovillard.

Ils s’appelaient Baptiste et Audrey et c’est à quelques dizaines de mètres d’ici, dans la forêt couverte de neige, que leur Mirage 2000 s’est écrasé, emportant avec lui leurs vies. Des vies précieuses.

Ils participaient, avec un autre Mirage 2000, à une mission d’entraînement à risque élevé, un assaut en suivi de terrain, où leur avion évolue à 90 mètres du sol, à très haute vitesse et avec l’objectif de simuler une passe de tir SCALP, le système de croisière conventionnel autonome à longue portée.

L’entraînement de nos forces armées est essentiel pour acquérir des compétences et pour préparer les missions menées dans les opérations extérieures, au Sahel ou au Moyen Orient notamment.

Ces aviateurs défendent loin de chez nous, parfois très loin, les valeurs de la République : la liberté, la dignité humaine, l’égalité. Partout où ils sont engagés, ils luttent contre les terroristes, où qu’ils soient, qui menacent notre sécurité.

Ils s’appelaient Baptiste et Audrey. Ils avaient tout juste 30 ans et la vie devant eux.

Je reprends les mots de Florence Parly, la ministre des Armées, dans son éloge funèbre.

Baptiste Chirié était un homme de passion, un homme de partage. Né pilote, né pour voler, il n’était encore qu’un petit enfant quand il a décidé de prendre les airs. Il n’a économisé aucun effort et s’est donné toutes les chances, toutes les cartes, pour que son rêve devienne réalité, jusqu’à la réussite au concours de l’école de l’Air. Il a réussi et est devenu un militaire brillant et prometteur. Consciencieux, travailleur, déterminé, il ne laissait rien au hasard.

Il était un camarade, un fils, un frère, un mari, un père de deux filles – désormais trois –, dévoué, attentif, aimant.

Audrey Michelon était un rayon de soleil, un tourbillon de joie et d’énergie. Sa vie, c’était l’engagement. C’était le service. Elle n’avait pas peur de voler, pas peur d’affronter la rusticité et les sacrifices des opérations. Sa soif du service était insatiable, et rien ne pouvait l’empêcher de voler. Elle était une combattante remarquable. Un modèle de détermination et de qualité, ne craignant ni le risque, ni l’ennemi car elle agissait pour la France.

Elle était une fille, une compagne, une sœur, une sœur d’arme. Une battante, qui n’a jamais eu peur, qui n’a jamais rien lâché.

C’était un matin d’hiver, il y a un an. Un an déjà. Et le destin de ces deux militaires, que nous ne connaissions pas, s’est dramatiquement uni à celui de notre village.

Je le sais, j’ai pu le constater et l’éprouver moi-même, ce drame nous a profondément touché. Il a plongé notre commune d’abord dans la stupéfaction, l’angoisse du dénouement tragique, puis dans l’agitation des recherches et le chagrin partagé avec les familles et les frères d’armes des deux aviateurs.

Chacune et chacun d’entre nous habitons à Mignovillard, parcourons ses rues et ses chemins, avons plaisir à vivre ici et à faire découvrir nos paysages jurassiens aux gens de passage. Nous avons également l’habitude, depuis plusieurs décennies, de voir et surtout d’entendre ces avions de chasse. Alors c’est un déchirement pour nous tous que ce relief ait accueilli la mort de deux de nos militaires.

Un an après, l’agitation des premières semaines autour de la zone militarisée a disparu. Mais le souvenir du commandant Baptiste Chirié et de la capitaine Audrey Michelon est toujours bien présent, je le sais. Dans les conversations, dans les mémoires, dans les cœurs.

Très rapidement après le drame, le conseil municipal a souhaité marquer sa solidarité et exprimé le souhait qu’une stèle commémorative soit érigée pour que le souvenir de Baptiste et Audrey, la mémoire de cette catastrophe perdurent.

C’est désormais chose faite avec ce monument érigé à côté de cet itinéraire de promenade, bien visible de tous pour ne pas oublier. Cette stèle suggère en perspective, à quelques dizaines de mètres de là, le lieu du crash. Créée par les frères d’armes de la base de Nancy, elle représente, de façon stylisée, un avion, celui-là même, qui, dans les cieux, s’est envolé avec la vie de ces deux jeunes militaires.

Et cette cérémonie est l’occasion, un an après, de marquer une nouvelle fois l’hommage, la reconnaissance et le recueillement des Mignovillageoises et des Mignovillageois.

Je vous remercie, mon colonel, pour votre présence à nos côtés. Depuis le premier jour, vous avez géré et coordonné ce dossier dans la plus grande transparence, avec efficacité et humanité. Certains parmi vous ont sans doute été surpris de ne pas voir ce matin à nos côtés, les familles des aviateurs ou un détachement militaire. Qu’il me soit permis ici de vous en donner une brève explication.

Une cérémonie intime pour les familles, les amis et les camarades de Baptiste Chirié et Audrey Michelin a eu lieu, ici même, jeudi après-midi, un an jour pour jour après le crash, en présence d’autorités militaires, de M. le Préfet et de moi-même. Chacun comprendra que les familles ont souhaité conserver la discrétion et l’intimité de ce moment de recueillement, dans un deuil qui est éprouvant. Mais elles m’ont transmis leurs remerciements à la population pour les gestes de compassion que vous leur témoignez depuis un an et encore aujourd’hui à travers votre présence. Le colonel Spet vous adressera également dans quelques instants un message.

Qu’il me soit permis, à titre personnel, d’adresser des remerciements particuliers à celles et ceux – militaires, professionnels des secours, enquêteurs, élus, habitants, associations – qui ont concouru, à des degrés divers, à ce que la gestion de ce drame, au fil des jours et des mois, soit la meilleure possible.

Et des remerciements généraux : la réaction de la population – votre réaction – a été à la hauteur des événements en faisant preuve de compréhension, de compassion et de discrétion, dans une période où notre village avait déjà été éprouvé quelques mois auparavant.

Oui, cette tragédie nous touche aujourd’hui encore. Elle nous rappelle que nos armées s’entraînent dans des conditions périlleuses, pour notre propre sécurité, pour répondre aux missions qui sont confiées à nos forces militaires. Les aviateurs morts dans ce terrible accident servaient un idéal, un idéal qui dépassait l’horizon de leur seule vie, un idéal qui les conduisait partout où ils étaient mandatés pour être les meilleurs. Cet idéal, ils l’ont accompli jusqu’au bout, jusqu’au terme même de leur existence. Que ce lieu de mémoire en porte témoignage.

Je vous remercie.

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